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Être paysan ou paysanne, c’est avant tout un acte politique !

Pierrick et Lucie Rigal sont installés depuis 2015 en poules pondeuses et accueil pédagogique, à Vezin le Coquet (35), sur la Ferme en cavale, attenante au magasin de producteurs Brin d’Herbe, dont ils font partie.
Frère et sœur ont grandi ensemble en campagne, baignés dans le monde agricole et paysan, entourés d’animaux. Leurs parents étaient à la fois dans l’enseignement agricole et installés sur une petite ferme en production laitière (vaches de race bretonne pie noire) en agriculture biologique.

Des études agricoles à la réflexion politique

Ils passent un bac agricole et le BAFA. Leur adolescence est un temps de politisation, de réflexion sur les grands enjeux mondiaux, économique, politiques, agricoles et de poser les bases du monde pour lequel ils veulent agir. Ils rêvent de créer une ferme pédagogique avec une vraie production agricole animale pour allier paysannerie et éducation des enfants.

« Construire le monde de demain passe par l’éducation des enfants et la paysannerie. C’était essentiel d’avoir une activité agricole pour pouvoir se confronter à la réalité du métier. Il faut connaitre pour pouvoir en parler… et critiquer ! »

Lucie

Saisir l’opportunité

Leurs études et premières expériences professionnelles les séparent quelques temps. Ils vont se retrouver quand l’occasion de reprise d’une ferme va se présenter en 2013-14.
La ferme en transmission va déterminer la production agricole qui n’était pas fixée auparavant. Ce sera une production d’œufs. Cette production correspond aussi à la surface disponible et le débouché est existant (magasin Brin d’herbe). Pierrick fait la formation de l’Idée au projet en 2013 et démarre son stage d’installation sur la ferme en 2014. Il s’installe officiellement en janvier 2015.
Lucie, elle, termine son BPJEPS monitrice d’équitation. Elle démarre son parcours à l’installation en 2015 et s’associe en juillet 2016 pour développer l’activité d’accueil pédagogique.
Pour chacune de leur installation, ils demandent la Dotation jeune agriculteur (DJA), qui leur permettra d’investir dans un outil de travail confortable.
En 2020, la ferme est en pleine activité et de nouveaux projets émergent.

Compétence et expérience

Pierrick a un bac agricole / BTS GEMEAU (Gestion et Maitrise de l’eau) / Licence Agriculture Biologique, Conseil et Développement / BAFA / BAFD
Expérience professionnelle : animation de chantier de volontaires internationaux, 4 ans à la direction d’un centre de loisir (en co-direction)

Lucie : Bac agricole / BAFA / BTS GPN (Gestion et protection de la nature) / BPJEPS Monitrice d’équitation
Expérience professionnelle : salariée agricole en ferme laitière conventionnelle / animation de colonies de vacances

« Deux facteurs ont été déterminants dans notre installation  : la connaissance des réseaux (Brin d’herbe, le Civam 35 Installation Transmission, Accueil Paysan, la Confédération paysanne…) et le soutien de deux personnes ressources : Yves, le cédant, qui nous a transmis ses compétences sur l’élevage de poules pondeuses et son lien à Brin d’herbe, et notre père qui a été très présent et en appui quasi quotidien lors de notre phase d’installation. »

Lucie

Un lieu qui bouge

Pierrick et Lucie accueillent ponctuellement des stagiaires ou des personnes qui souhaitent développer un projet sur le lieu. Ils hébergent une structure qui fait de l’accueil social et accueil social pédagogique sur le lieu.

En accueil pédagogique : ils reçoivent des centres de loisirs à la journée / demi-journée, en séjours, et des petits groupes de particuliers.

dav

Une grande polyvalence

Pierrick et Lucie sont très polyvalents. Le temps de travail est bien réparti entre production agricole et accueil :

  • 1 temps plein sur l’accueil pédagogique : animation, administratif, communication. Ils accueillent 3 jours par semaine pendant l’année scolaire, 5 jours par semaine pendant les vacances scolaires
  • 1 temps plein sur les poules pondeuses : soin, cultures, vente à Brin d’herbe

Le temps de travail à l’installation était estimé à près de 70h/semaine. Aujourd’hui il se rapproche de 40-45h / semaine. Auquel se rajoute du temps pour développer de nouveaux projets, coordonner le lieu, aider d’autres paysans et paysannes qui s’installent…

« Ce que j’aime le plus ? La polyvalence du métier ! Faire des choses différentes tous les jours. Et aussi les relations sociales ! »

Lucie

La marge brute des poules pondeuses est la même que celle de l’accueil. Chacun prélève environ 1000 € / mois.

Sur le volet accueil pédagogique, les compétences en animation sont essentielles et étaient déjà acquises au moment de l’installation (études et expériences professionnelles précédentes).

Sur le volet production, la gestion de l’élevage a été acquise lors du stage d’installation de Pierrick. Il est essentiel aussi de savoir conduire un tracteur.

De manière transversale, c’est important d’avoir des compétences techniques en électricité, eau, construction… qui s’acquièrent au fil du temps, par la pratique sur d’autres chantiers et sur sa propre installation.

Et sur les activités pour lesquelles on a le moins d’intérêt, il est aussi possible de faire appel à d’autres personnes. Sur les cultures (travail du sol, semis, moisson…) Pierrick et Lucie font appel à des entreprises de travaux agricoles.

« Pour moi, le statut de paysanne amène une vraie reconnaissance sociale. »

Pierrick

Propos de Lucie Rigal, recueillis par Céline Warnery, Acccueil Paysan 35

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« Nous avons vraiment trouvé notre place dans le milieu agricole »

Après un parcours professionnel de 30 ans dans l’insertion, Philippe Descottes et Catherine Gaillard se sont reconvertis dans l’agriculture et l’accueil. Aujourd’hui, ils cueillent et transforment des plantes sauvages et accueillent des enfants qui présentent des troubles du comportement.
Installée en 2014, la ferme Baies sauvages et Cie est aujourd’hui située à Mernel, au sud de Rennes.

La cueillette, pour les valeurs

En 2013, à 50 ans, après 30 ans en milieu associatif, des ruptures professionnelles incitent Philippe et Catherine à réfléchir à un projet en accord avec leurs valeurs. Ils choisissent la transformation de plantes sauvages : ils l’ont expérimentée techniquement, cela leur plaît et ils se sentent compétents. Et la ressource locale est là, abondante et non menacée. Tout fait sens pour eux ! L’accueil social, en 2016, fera le lien avec leurs racines professionnelles.

De salarié à agriculteur… en passant par l’artisanat

Au démarrage, Philippe a un statut d’artisan transformateur au sein d’une entreprise individuelle. Mais son intuition lui souffle qu’il relève d’un régime agricole. Après un long parcours, le couple crée en 2017 une entreprise agricole qui regroupe deux dimensions qui leur sont chères : le collectif (aujourd’hui 10 associés) et le statut agricole. Et en 2020, après trois déménagements qui sont autant de recommencements, ils se considèrent encore en phase d’installation…

« Au début, je ne pensais pas au statut agricole. Pour moi, ça représentait beaucoup de temps, d’argent, et des compétences à acquérir. Le temps nous était compté, nous avions plus de 50 ans, pas d’animaux ni de cultures. Avec « idée au projet», nous avons compris que notre place était dans l’agriculture. »

Philippe

Compétence et confiance en soi

Philippe et Catherine ont suivi plusieurs formations : globales – bilan de compétence (Philippe) en 2013 et « De l’idée au projet » (ensemble) en 2014-15 – ou techniques – création d’entreprise à l’Institut de gestion de Rennes (Philippe) et la transformation de plantes (Catherine).
C’est pourtant avant tout le volet humain qu’ils mettent en avant.

« Le bilan de compétence, et en particulier la conseillère qui m’a soutenu, encouragé et a eu confiance en moi et mon projet ont été déterminants pour me conforter et aller jusqu’au bout. »

Philippe

« Idée au projet », des bénéfices au quotidien

Cette formation de 10 jours s’adresse aux personnes qui souhaitent passer de l’idée… au projet, pour une activité agricole ou d’accueil.

Licencié avant Catherine, Philippe avait un temps d’avance dans le projet. La formation leur a permis d’avancer sur un pied d’égalité, d’acquérir une culture commune, de prendre et se donner le temps de réfléchir ensemble à l’évolution de leur activité.

« Les bénéfices d’idée au projet, je les constate tous les jours ! d’abord le réseau, avec les stagiaires et les paysans que nous avons rencontrés tout au long de la formation. Nous avons vraiment trouvé notre place dans le milieu agricole. Et c’est aussi la découverte de l’accueil social avec Accueil Paysan. ça a pris tellement de sens, cela fait le lien avec notre activité d’avant !»

Philippe
Philippe et Catherine

Rythme de travail : peu de périodes creuses

Du fait des déménagements successifs et de l’arrivée récente sur le lieu définitif, il n’y a pas encore vraiment eu de période creuse. L’année est rythmée par les cueillettes de février à septembre (de la sève de bouleau aux baies de mûres). La période de cueillette est intense mais non continue. En fin d’année ont lieu les marchés de Noël, période très intense. La transformation a lieu toute l’année.
En janvier, c’est le temps des bilans sur ce qui a fonctionné, les points à améliorer.

Le temps de travail est vraiment difficile à évaluer. Nous essayons de trouver un équilibre vie professionnelle / vie personnelle. Nous prenons quelques jours début juillet et fin août mais jamais plus d’une semaine. Comme nous nous remettons en cause perpétuellement, nous avons toujours des chantiers en réflexion ou en cours ! »

Philippe

Commercialisation et revenus

Vente directe : marchés, marchés de producteurs, foires bio, Le Goût d’Ici (groupement de producteurs pour la vente en ligne),
Vente à la ferme / circuits courts : Biocoop, La boutique de la Trottinais

Catherine et Philippe ne prélèvent pas de revenu mais les charges sont payées.

Nous avons toujours des chantiers en réflexion ou en cours !

Philippe et Catherine

Compétences : polyvalence et complémentarité

Il faut être polyvalent ! Des compétences en transformation sont essentielles car c’est le cœur du métier. C’est un vrai plus d’avoir aussi quelques compétences techniques en bâtiment et bricolage, car cela sert régulièrement. Et enfin il faut des compétences en communication.
Philippe et Catherine arrivent à être complémentaires. Et ils n’hésitent pas non plus à aller chercher les compétences là où elles sont.

Ce que je préfère, c’est cueillir. On ne le fait que lorsqu’il fait beau, ou au moins pas de pluie. J’aime ce contact avec la nature. Ce que j’aime le moins, ce sont les démarches de commercialisation. Trouver de nouveaux débouchés… c’est moins ma tasse de thé mais en même temps, il faut quand même passer par là ! »

Philippe

Propos de Philippe Descottes, recueillis par Céline Warnery – Accueil Paysan 35